Jung Ma vie

Dans Ma vie, Jung écrit : « On m’a souvent demandé quelle était ma méthode psychothérapeutique ou analytique : je ne peux donner de réponse univoque. La thérapie est différente dans chaque cas ».

En suivant, il emploie les termes de « médecin » et de « malade » car il est question du traitement de cas cliniques, pathologiques, tels les schizophrénies par exemple. Sans vouloir faire dire à Jung ce qu’il n’a pas explicitement dit ici, il me semble que l’on peut remplacer ces deux mots par, respectivement, « interprète de rêves » ou « psychothérapeute » ou « psychopraticien » et par « rêveur », « consultant », voire « analysant ». En effet un tel élargissement correspond ou devrait correspondre à une réalité pratique.

Voici cette suite : « Quand un médecin me dit qu’il « obéit » strictement à telle ou telle « méthode », je doute de ses résultats thérapeutiques. Dans la littérature il est tellement souvent question des résistances du malade que cela pourrait donner à penser qu’on tente de lui imposer des directives, alors que c’est en lui que de façon naturelle doivent croître les forces de guérison. La psychothérapie et les analyses sont aussi diverses que les individus. Je traite chaque malade aussi individuellement qu’il m’est possible, car la solution du problème est toujours personnelle. On ne peut établir des règles générales que cum grano salis, avec la réserve nécessaire. Une vérité psychologique n’est valable que si l’on peut l’inverser. Une solution qui, pour moi, n’entrerait pas en ligne de compte peut être justement la vraie pour un autre. Naturellement, il faut qu’un médecin connaisse les prétendues « méthodes ». Mais il doit bien se garder de se fixer sur une voie déterminée, routinière. Il ne faut utiliser qu’avec beaucoup de prudence les hypothèses théoriques. Peut-être sont-elles valables aujourd’hui, demain ce pourront en être d’autres. Dans mes analyses elles ne jouent aucun rôle. C’est très précisément avec intention que j’évite d’être systématique. A mes yeux, confronté à l’individu, il n’y a que la compréhension individuelle. Chaque malade exige qu’on emploie un langage différent. Ainsi pourrait-on m’entendre, dans une analyse, employer un langage adlérien, dans une autre un langage freudien ».

C. G. JUNG, Ma vie, Collection Témoins, Gallimard, édition de 1973, page 157 et photo de couverture.