Clin d'oeil

Le symbole du clown s’est constellé dans ma vie ces derniers temps. Un rêveur m’a apporté un rêve avec un clown agressif au point d’être meurtrier ; un copain a usé d’une expression ironique pour commenter mes blagues : « tu as mangé du clown ce matin ! » ; j’ai visité l’exposition, consacrée au clown, de la jeune et talentueuse peintre Clémence Caruana (cf. l’illustration) et entendu à cette occasion bien des propos sur ce thème ; enfin ces derniers jours j’ai appris que des adolescents se déguisent en clown et font peur aux enfants dans les rues de certaines villes de France…

Le clown est vécu comme un Janus, être à double face. L’une est rieuse, drôle, l’autre serait triste et solitaire. Cette dernière apparaît lorsque le clown se démaquille devant son miroir. Cette face triste, voire lugubre, est ressentie comme la vérité humaine du personnage, tandis que le côté drôle ne serait qu’une façade, une apparence grimée et grimaçante. Sur la piste le clown est aimé des enfants mais on lui prête une solitude abyssale dès qu’il a quitté le chapiteau. Il y a là une dualité, une opposition de deux contraires. C’est du moins ce que la plupart d’entre nous pensons, même si, dans la réalité, cela ne correspond pas à la majorité des hommes qui font ce métier. Il s’agit donc d’une projection (voir l’article en 6 épisodes sur ce blog). Ce qui est projeté sur le clown est probablement la difficulté à accepter que nous avons en nous une part d’ombre qui s’oppose à l’image que nous voulons avoir de nous-mêmes et donner aux autres. La vie consciente est une représentation qui s’accommode plus ou moins bien de l’arrière plan inconscient.  Le clown, au travers de cette projection devient une figure tragique. Son drame est le notre tant que nous ne sommes pas engagé dans un processus de prise de conscience ou, pour utiliser un terme technique jungien, dans un processus d’individuation.

Mais le clown nous renvoie également à autre chose, de moins convenu, mais de tout aussi profond et peut-être même violent, que vous découvrirez dans la prochaine livraison, sur ce blog, de cette réflexion.

Illustration : Clin d’œil, huile sur toile de Clémence Caruana.