Méduse

La projection – 6 et fin. Pour terminer cette présentation du phénomène psychique de la projection, il faut évoquer les victimes des projections et comment se protéger. On l’a compris au travers des exemples, n’importe qui peut être victime d’une projection, dans le cadre de n’importe quelle relation. En fait, pas tout a fait n’importe qui. Nous l’avons vu, la projection ne peut tenir que sur une personne dont le profil correspond un minimum à l’objet de la projection. Nous ne serons atteint que si l’inconscient du projecteur a reconnu en nous un écran potentiel. Il faut le savoir et le reconnaître. Plutôt que de rejeter en bloc la projection, il vaut mieux dire à la personne émettrice qu’elle pointe effectivement un problème qui nous touche, mais qu’au-delà de cette réalité que nous admettons, elle exagère et donne à la situation des proportions invraisemblables parce qu’elle a la même problématique. C’est tendre un miroir à Méduse. Cela sera efficace si nous avons affaire à une personne un minimum ouverte et prête à se remettre en cause psychologiquement. Si, au contraire, il s’agit de quelqu’un de fermé, d’hermétique à toute prise de conscience et que sa projection nous empoisonne tel un venin de serpent et devient insupportable, le plus efficace reste malheureusement la fuite, si elle est possible. C’est ce que font les enfants dès qu’ils peuvent prendre leur indépendance par rapport à des parents faisant tout pour les faire pénétrer dans un moule préconçu. En effet, bien des parents projettent sur leur enfant un statut, une forme de réussite, qu’ils auraient voulu connaître eux-mêmes mais qu’ils n’ont pu atteindre. Tout est mis en place, activités, punitions et récompenses, fréquentations, modèles admirés, etc. pour que l’enfant soit orienté vers le but parental. Cela fonctionne parfois mais prend la forme d’une bombe à retardement car tout ce qui a été frustré chez l’enfant demandera à resurgir un jour. D’autres enfants se montrent d’emblée récalcitrants et rejettent par tous les moyens la voie que les parents leur ont tracée. Ceux-là, bien souvent, après une adolescence épineuse, claqueront la porte parentale dès que possible pour vivre leur vie dans l’indépendance. Un adulte pris dans les rets d’une projection au sein de son travail par exemple, ne peut pas toujours s’échapper. Il doit surtout veiller à ne pas se laisser contaminer. La projection touche un petit quelque chose en lui, sans quoi elle n’aurait pas lieu, ne tiendrait pas. Il faut donc veiller très consciemment à ce que ce petit quelque chose ne grandisse pas sous l’effet de la projection, ne devienne pas envahissant au point de finir par donner raison au projecteur. L’aide des collègues, des amis et un soutien psychologique sont les meilleurs armes défensives pour tenir sans sombrer en attendant que le projecteur change de cible ou que la situation évolue.

Illustration : Tête de Méduse, par Gian Lorenzo Bernini, vers 1640 – 1650. Rome, musée capitolin.